Kid looking at a painting by Mark Rothko

ROTHKO : UN PEINTRE VIOLENT ?

A la vue des œuvres de ce géant de l’expressionnisme abstrait, peut-être, comme moi, avez-vous éprouvé une paix et une sérénité émanant de ses toiles. On sait que Rothko parlait peu mais jamais pour ne rien dire. Il a ainsi déclaré à un journaliste qui lui demandait le sens de ses toiles que : « (s)es tableaux peuvent avoir deux caractéristiques. Soit leur surface se dilate et s’ouvre dans toutes les directions, soit elle se contracte et se referme dans toutes les directions. Entre ces deux pôles, on trouve tout ce que j’ai à dire. ». Très modestement, (je ne saurais me comparer à ce génie), J’avoue que lorsque que l’on me demande ce que veulent dire mes tableaux, je dis souvent que ce sont des autoportraits ou plus simplement qu’ils parlent de la vie entre ordre et chaos.

A cette question du sens de ses œuvres, Rothko ne répond pas vraiment. Laisse-t-il à l’admirateur le choix d’interpréter ses tableaux ? Peut-être, mais il les guide un peu. Je suis convaincu, à l’instar de Marcel Duchamp, que c’est le regard qui fait l’œuvre dans sa diversité et je suis de même tout à fait convaincu que le véritable artiste peut tenir compte de la valeur de l’interprétation du public. Rothko a même livré une clef essentielle pour la compréhension de ces œuvres en déclarant que « (c)haque forme, chaque espace qui n’a pas la pulsion de la chair et des os, la vulnérabilité au plaisir et à la douleur n’est rien. Toute peinture qui ne témoigne pas du souffle de la vie ne m’intéresse pas ».

Chacun fera ce qu’il voudra de cette phase magnifique mais ce n’est pas cette citation dont je voudrais parler. Rothko a en effet exprimé qu’à « (…) ceux qui pensent que mes peintures sont sereines, j’aimerais dire que j’ai emprisonné la violence la plus absolue dans chaque centimètre carré de leur surface. » et également que « L’art recèle toujours des évocations de la condition de mortel ».

Cette explication du maître peut laisser pantois. On connaît tous des peintres à la manière « violente ». On peut ainsi évoquer Basquiat qui semble avoir toujours travaillé dans l’urgence de vivre ou d’un Pollock traçant un chemin sans retour avec le plus souvent des projections de peintures hagardes.

Ce n’est pas la manière de Rothko. J’ai observé ses œuvres en novice de près ou de loin et je n’ai jamais trouvé dans ses traits de peintures une quelconque forme de violence. Aussi sa citation m’a marqué : ai-je raté quelque chose en n’y voyant que paix et sérénité ?

Mon premier réflexe a été de me convaincre que je regardais mal. Ai-je vu de la violence dans les œuvres de Rothko ? Pas vraiment. Je dois l’avouer. Est-ce un tour de passe-passe de Rothko ? Je n’y crois pas.

Alors comment interpréter le souhait du peintre qui nous attache à une interprétation, laquelle ne serait pas la nôtre dans la majorité des cas ?

Rothko a-t-il exprimé sa violence dans ses œuvres ? Oui sans aucun doute mais cela nous dit que la sérénité que nous voyons est factice et qu’il nous semble impensable que le peintre ait pensé autrement que la plupart de ses admirateurs. Est-ce grave ? Certainement pas. L’explication des toiles de Rothko nous plonge dans le paradoxe fondamental entre la vision du peintre et celle de l’observateur. Nous avons tous les deux raison. La violence exprimée par Rothko nous permet de regarder ses toiles avec un œil nouveau, sans doute plus proche de ce que l’artiste souhaitait alors que nous voyons pour la plupart une œuvre sereine.

C’est la condition de l’artiste qui est en question. Est-ce l’émotion qui interprète ce que l’artiste a voulu ou est-ce le cerveau qui devrait nous dicter, selon l’objectif de l’auteur de l’œuvre, ce qu’elle signifie ?

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